La nuit du 31 janvier 2014 au 1er février 2014 a été riche d’un évènement d’importance : nous avons basculé, définitivement, de 33 domesticités nationales des paiements vers une domesticité paneuropéenne des paiements. Une nouvelle ère s’est ouverte : elle doit permettre une industrialisation des processus opérationnels des systèmes de paiements.

Cette naissance est l’aboutissement d’une démarche volontariste engagée par la Commission européenne face à laquelle le monde bancaire a été pour le moins réticent, sinon circonspect : comment des politiques qui n’entendaient rien à l’industrie des paiements pouvaient-ils envisager une telle révolution sur leur dos ? L’innovation dans leur quotidien n’étant pas leur point fort, elles ont bien tenter de freiner autant que faire se pouvait cette irrémédiable volonté. Pensez donc vouloir bouleverser leur situation de confort sur lequel elles étaient bien assises, et, même pire vouloir introduire une nouvelle – mais ô combien saine – concurrence en promouvant les prestataires de services de paiements, voilà bien de quoi résister encore et toujours.

Ce n’est, donc, pas de gaieté de cœur que les différentes communautés bancaires se sont pliées à mettre en oeuvre ce vaste programme : le Single €uro Payments Area, (@Monsieur Pierre Moscovici, @ses traducteurs et rédacteurs de son discours d’Avignon : non, il ne s’agit de l’Espace européen unique de paiement), mais bien de l’Espace unique de paiements en €uro (@aux-mêmes : paiements au pluriel, s’il vous plait !).

D’un seul coup d’un seul, c’est 500 millions de citoyens européens, plus de 25 millions d’entreprises, combien d’administrations, combien d’associations peuvent s’échanger des services et/ou des produits dont le règlement est couvert par le truchement d’une seule et unique réglementation : la Directive des Services de Paiements, dont la seconde version est sous presse, et, par l’exécution de mêmes moyens de paiements qui courent de Reykjavík à Athènes et d’Helsinki à Porto. Ce sont 33 pays qui sont invités à partager cette même aire pour cette nouvelle ère qui s’est ouverte cette fameuse nuit.

La période transitoire, accordée par Michel Barnier jusqu’au 1er août 2014, pour que les retardataires puissent migrer leur organisation vers le S€PA, est assurément pleine de bon sens, y compris pour les banques. Elle va permettre aux retardataires de monter dans le train, certes en bout de rame, mais ils participeront eux-aussi à cette nouvelle aventure, mais surtout, elle doit assurer la fiabilisation des organisations, des systèmes d’informations, des solutions qui ont été mises en oeuvre. Elle va permettre, enfin, de pouvoir communiquer, informer tous ceux qui ne l’ont pas été, et, en France, ils sont nombreux. Je sais bien que le Comité national S€PA de France n’en prend pas encore le chemin : à la communication de Michel Barnier, faite le 9 janvier, le Comité national S€PA a attendu le 21 janvier, soit 12 jours pour énoncer une position qui prend bien garde de ne pas annoncer de dates anticipant la deadline estivale. Seule la recommandation de ne pas relâcher les efforts ressort de cette communication. Mais 12 jours pour annoncer que cela, sans proposer de démarches : c’est à la fois beaucoup, en terme de délai, et peu, en terme de résultat, non ?

Il est évident qu’il nous faut continuer le travail de communication, de sensibilisation, d’information et de formation auprès de nos adhérents de CINOV-IT, mais aussi de nos réseaux professionnels, au premier desquels vient tout naturellement la Fédération CINOV. Il nous faut nous mobiliser pour qu’aucun de nos partenaires au sein de la Fédé ne reste sur la route… il n’y aura pas de deuxième chance. Le 1er août 2014 verra la fin des illusions de ceux qui n’auront pas cru en une nouvelle industrie paneuropéenne des paiements.

Au-delà de cette date, il nous faut préparer le 1er février 2016 et l’éradication des paiements de niche (TIPs, Télérèglements, LCR, …) et déjà penser à l’enterrement du chèque, tout en consolidant nos données afin de les rendre conformes à ce que demandent la DSP I ou II, mais aussi, la norme ISO 20022, les Rulebooks et les Guidelines.

S€PA compliqué, S€PA fini, ça ne fait que commencer… (à suivre)