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Le numérique accélérateur de croissance, l’apport de l’Intelligence Economique

Par Bruno Brochenin

Jeudi 22 septembre 2016, dans le cadre prestigieux de l’Ecole Militaire, s’est tenu une conférence conjointement organisée par l’IHEDN et le CINOV. Alors que les petites entreprises du numérique s’interrogent sur une guerre économique qui fait rage dans le cyberespace, l’initiative mérite d’être saluée. Trouver des acteurs disposés à s’assoir à une table pour s’écouter constitue en soi une avancée considérable.

Jacqueline Sala – rédactrice en chef de Veille Magazine – présente les invités. Dans ce « happy hour after work », on attendait un rhum arrangé trop sucré, on est surpris par un cocktail fort et citronné.

Alain Juillet – Président de l’Académie de l’Intelligence Economique – ouvre la séance. « Avec la suppression du Commissariat au Plan, l’Etat a abandonné la prospective. »  Devant un parterre de TPE et autres auto-entrepreneurs, inquiets du paiement de la facture de l’an dernier et de traiter une ribambelle d’appels d’offres pour espérer une commande l’an prochain, il invite « au temps long » de la réflexion stratégique ! « Chacun est en guerre et personne n’a d’ami. A chacun de circonscrire son territoire et ses objectifs. » Qu’advient-il donc de la communauté nationale dont le Ministère de la Défense assurerait la protection ? « Dans la nouvelle civilisation en train de naître, la vieille civilisation est un handicap dont il faut se défaire ». Pour le sens commun, toute civilisation procède d’un projet de vie commune. Alain Juillet semble concevoir la nouvelle civilisation comme un état de guerre civile permanent. Est-ce là son projet pour la France ?

Denis Jacquet – Président de Parrainer la Croissance. Entrepreneur dans l’âme, l’expatriation soulève en lui des questions sur le rapport des grandes entreprises françaises à l’innovation. Le concours annuel du Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas met à l’honneur les start-up françaises, lesquelles se font ensuite racheter par des intérêts américains. Les entreprises françaises se privent à la fois des jeunes – qui s’expatrient – et des plus expérimentés – mis au chômage – et de l’énergie de ses TPE – condamnées à rester TPE. Denis Jacquet se propose d’encourager les initiatives prometteuses en leur offrant les ressources nécessaires pour en faire des ETI. L’auditeur s’interroge sur cette médecine sans diagnostic ne questionnant pas les acteurs qui sacrifient les forces vives de la France sur l’autel d’intérêts obscurs. Quel projet social suggère-t-il et quel cadre politique pour le porter ? Aux exclus affaiblis, il semble proposer un défi solitaire. A quels surhommes s’adresse-t-il ? Et pour quel combat ?

Benjamin André – CEO de Cozy Cloud – s’avère lumineux : L’individu livre son intimité numérique aux GAFA en leur remettant ces données dont ils tirent fortune. Face à de telles puissances et sans nécessité de solliciter l’Etat démissionnaire, il lui reste le pouvoir de maîtriser lui-même ces données et de ne jamais les céder. Cozy Cloud lui en fournit les moyens. Le paradigme paraît révolutionnaire : puisse-t-il tenir ses promesses.

Mickael Reault – CEO de Sindup – serait-il passé du côté obscur de la force ? Il s’exalte de voir la technologie un jour réveiller les morts : fantasme prométhéen de toute puissance et d’éternité liées à la sauce technologique. Imagine-t-il les bardes du futur chantant les cyber-guerriers vouant leur vie aux corps-à-corps virtuels dans le cloud ? Editeur d’une plateforme de veille stratégique & e-réputation, Sindup promeut l’intelligence économique et l’innovation au sein des entreprises. Il rencontrera difficilement ceux de ses concitoyens aspirant à construire une économie utile, en osmose avec l’environnement naturel. Décidés à vivre sur Terre, ceux-là se tiennent à bonne distance des radars cybernétiques.

Edouard Geffray – Secrétaire Général de la CNIL / LINC – étonne l’assemblée en plaçant presque au second plan la fonction régalienne de l’institution qu’il représente. Il insiste plutôt sur la proposition de LINC de rassembler les cyber-acteurs afin qu’ils coproduisent leurs propres normes. Aider la société civile à se prendre en charge quand l’Etat s’efface, cela paraît de bonne guerre : un dernier rempart contre la barbarie des guerriers gyrovagues.

Philippe Clerc – Conseiller expert en intelligence économique internationale à CCI France. Il met en évidence l’impact inattendu de l’évolution technologique : la multiplication des communautés réunies par des plateformes virtuelles a vidé les CCI – lieux de rencontre traditionnels des entrepreneurs dans les régions françaises. C’est là encore un autre pan de la vie sociale française à repenser intégralement pour la reconstruire, un jour, peut-être.

Sortant de l’amphithéâtre, l’amertume du constat s’atténue au regard du public chaleureux venu nombreux soutenir l’initiative. Le CINOV rassemble les forces vives du cyberespace français et, avec la communauté de l’IHEDN, c’est peut-être la défense de cette pointe avancée du territoire qui s’amorce. Cela nécessitera un long travail d’écoute des points de vue pour élaborer une synthèse partagée. De quoi nourrir tout un cycle de conférences et mettre de l’intelligence dans la croissance économique !